samedi 4 juin 2011

Deux lésions radio-opaques sur l’orthopantomogramme


Deux lésions radio-opaques sur l’orthopantomogramme
B. Laure, A. Chabut, D. Goga
Service de Chirurgie Maxillo-Faciale, Hôpital Trousseau, 37044 Tours Cedex. Tirés à part :  B. Laure, à l’adresse ci-dessus.
E-mail : laure@med.univ-tours.fr


OBSERVATION
Un homme de 27 ans a été vu dans le service de chirurgie maxillo-faciale pour le bilan de 2 lésions radio-opaques se projetant dans la région de la branche montante gauche de la mandibule dans un contexte de douleur et d’œdème de la joue gauche (fig. 1). Le praticien qui avait adressé ce patient avait retenu le diagnostic de lithiase de la glande parotide gauche. Le patient ne prenait pas de traitement et n’avait aucun antécédent. Trois mois auparavant, il avait présenté une douleur localisée dans l’oropharynx, la joue, la région sous-mandibulaire gauche associée à une otalgie homolatérale. Depuis cet épisode, il présentait de la fièvre (38,5 C) environ 2 fois par semaine. À l’examen, on ne retrouvait qu’une douleur provoquée à la palpation de la joue et de la région sous-mandibulaire. Il n’y avait pas d’adénopathie cervicale. L’examen endobuccal était normal. L’indication de parotidectomie superficielle était posée à la fin de la consultation.
Une IRM a été réalisée sans retrouver de lithiase parotidienne ni de dilatation canalaire. Le radiologue a alors réalisé un scanner avec injection de la région parotidienne. Mais la parotide et son environnement étaient normaux.


Des ulce ´ rations « douteuses » de la cavite ´ buccale


Des ulce ´ rations « douteuses » de la cavitebuccale
Dubious ulcerations of the oral cavity
A. Wiss, R. Laurans, C. Chossegros * , P. Olivi
Service de stomatologie et chirurgie maxillofaciale, CHU de La Timone, boulevard Jean-Moulin, 13385 Marseille cedex 05, France


Observation
Monsieur G.B., a ˆ ge ´ de 42 ans, a e ´ te ´ adresse ´ a ` la consultation car il pre ´ sentait depuis un mois une ge ˆ ne pharynge ´ e de type angine. Les seuls ante ´ ce ´ dents notables e ´ taient d’ordre dermatologique et assez re ´ cents : pitiriasis rose ´ de Gilbert associe ´ a ` un prurigo, deux e ´ pisodes de prurit ge ´ ne ´ ralise ´ conside ´ re ´ s comme une gale et traite ´ s par ivermectine (Stromectol
)a ` neuf reprises en l’espace de deux mois.
W
L’examen clinique endobuccal retrouvait des le ´ sions multiples et he ´ te ´ roge ` nesavecnotammentdesle ´ sions ulce ´ re ´ es des deux loges amygdaliennes, pre ´ dominant a ` gauche (fig. 1),troisulce ´ rations infracentime ´ triques sensibles a ` la palpation situe ´ es a ` la jonction palais dur – palais mou de part et d’autre de la ligne me ´ diane (fig. 2).Enfin,lepatient pre ´ sentait une discre ` te inflammation du frein de le ` vre supe ´ rieure. La palpation cervicale mettait en e ´ vidence une ade ´ nopathie spinale gauche indolore.














Figure 1. Aspect inflammatoire et tume ´ fie ´ des deux loges amygdaliennes (fle ` ches).













Figure 2. Le ´ sions ulce ´ re ´ es du palais (fle ` ches).


L’examen ge ´ ne ´ ral retrouvait de manie ` re concomitante des le ´ sions cutane ´ es e ´ rythe ´ matomaculeuses au niveau des bras (fig. 3). A
` noter que monsieur G.B., divorce ´ et sans enfants, e ´ tait en
cours de sevrage alcoolique. Les examens biologiques re ´ alise ´ s jusqu’alors e ´ taient normaux : he ´ mogramme, bilan he ´ patique, se ´ rologies VHC, VHB, VIH 1 et 2.
Quel est votre diagnostic ?













Figure 3. Le ´ sions cutane ´ es sie ´ geant au niveau des bras.


A. Wiss et al. Rev Stomatol Chir Maxillofac 2009;110:180-183
Il s’agit d’une syphilis secondaire. Le diagnostic a e ´ te ´ retenu devant l’association de le ´ sions polymorphes de la cavite ´ buccale, avec une atteinte cutane ´ e et des signes ge ´ ne ´ raux, la positivite ´ des se ´ rologies et l’orientation homosexuelle recueillie lors de l’interrogatoire. En effet, les pe ´ ne ´ trations e ´ taient prote ´ ge ´ es mais pas les rapports oroge ´ nitaux, mode de contamination le plus probable chez ce patient et le plus probable dans le cadre de l’e ´ pide ´ mie actuelle de syphilis chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Ve ´ ritable fle ´ au depuis la fin du xv
e
sie ` cle jusqu’a ` la seconde guerre mondiale et l’apparition de la pe ´ nicilline [1], le diagnostic de syphilis n’est plus assez e ´ voque ´ de nos jours. Il s’agit pourtant d’une affection en recrudescence depuis une dizaine d’anne ´ es, notamment dans le milieu homosexuel, en particulier du fait de l’absence de protection lors des rapports oroge ´ nitaux [2]. Par ailleurs, il existe une forte corre ´ lation entre la maladie syphilitique et l’infection par le virus de l’immunode ´ ficience humaine (VIH) [3]. Non seulement la co-infection paraıˆt plus agressive qu’une mono-infection, le VIH accroissant le nombre et la fre ´ quence des ulce ` res ge ´ nitaux, prolongeant les phases primaire et secondaire, et pre ´ cipitant le stade de neurosyphilis, mais en plus, il semblerait que la syphilis orale favorise l’infection au VIH. La syphilis est une maladie sexuellement transmissible cause ´ e par un spiroche ` te, le Treponema pallidum. La contamination est pratiquement toujours sexuelle et directe [4].La cavite ´ buccale est le site extrage ´ nital le plus commune ´ ment atteint : 12 a ` 14 % pour la syphilis primaire [2]. L’e ´ volution de la maladie se fait en trois phases : primaire, secondaire, phase de latence, tertiaire [4]. La syphilis primaire survient apre ` s une pe ´ riode d’incubation d’environ 20 jours suivant la contamination. La principale symptomatologie en est le chancre, re ´ alisant une e ´ rosion, voire une ulce ´ ration classiquement indolore, avec une induration marginale et dont la cicatrisation est spontane ´ eensixa ` huit semaines. Il existe une ou plusieurs ade ´ nopathies satellites pouvant persister plus longtemps. La syphilis secondaire de ´ bute 60 jours apre ` s la contamination et peut durer jusqu’a ` trois ou quatre ans en l’absence de traitement. C’est la phase de ge ´ ne ´ ralisation de la maladie, commune ´ ment appele ´ e « la grande simulatrice » compte tenu de manifestations buccales, syste ´ miques et cutane ´ es. Les manifestations buccales de la syphilis secondaire sont superficielles, disse ´ mine ´ es et le plus souvent douloureuses. Elles ont une tendance spontane ´ ea ` la cicatrisation et re ´ cidivent fre ´ quemment.
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La multitude de formes cliniques (syphilides e ´ rythe ´ mateuses, opalines, e ´ rosives, papuleuses, hypertrophiques) peut faire e ´ voquer a ` tort un grand nombre de diagnostics diffe ´ rentiels. Les manifestations ge ´ ne ´ rales sont marque ´ es le plus souvent par un syndrome pseudogrippal. L’angine syphilitique est fre ´ quente. Une micropolyade ´ nopathie ge ´ ne ´ ralise ´ e est quasi constante. Les manifestations cutane ´ es distinguent deux pe ´ riodes :
 la premie ` re floraison avec la rose ´ ole (macules e ´ rythe ´ mateuses rose pa ˆ le au niveau du tronc et la racine des membres, respectant la face, non prurigineuses) ;
 la seconde floraison avec les syphilides papuleuses (papules infiltre ´ es cuivre ´ es atteignant principalement la face et les re ´ gions palmoplantaires, non prurigineuses).
Apre ` s une phase de latence asymptomatique, la syphilis tertiaire de ´ bute trois a ` 15 ans apre ` s la contamination. Les manifestations sont essentiellement neurologiques, cardiaques, osseuses et cutane ´ omuqueuses (gommes re ´ alisant des nodules hypodermiques inflammatoires indolores le plus souvent au niveau de la face). Le diagnostic de syphilis est essentiellement biologique [5]. Les tests re ´ alise ´ s en pratique (VDRL et TPHA), longtemps ne ´ gatifs en cas de syphilis primaire, sont positifs lors de la syphilis secondaire, avec des titres e ´ leve ´ s en anticorps (fig. 4). Le patient pre ´ sente ´ dans le cas clinique e ´ tait positif au VDRL a ` 1/16 et au TPHA a ` 1/5120. Enfin, il n’existe pas de diagnostic anatomopathologique, les aspects histologiques e ´ tant variables. Le seul inte ´ re ˆ tdela biopsie e ´ tant l’e ´ limination d’un diagnostic diffe ´ rentiel [6]. Le traitement recommande ´ est le « traitement minute » : benzathine-pe ´ nicilline (Extencilline
), 2,4 millions d’UI en intramusculaire [4]. C’est le traitement dont a be ´ ne ´ ficie ´
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Figure 4. Sche ´ ma simplifie ´ d’aide a ` l’interpre ´ tation des se ´ rologies de la syphilis.



notre patient dans cette observation, favorisant la cicatrisation, me ˆ me si celle-ci est en ge ´ ne ´ ral spontane ´ e en l’absence de traitement. En cas d’allergie, le traitement par cyclines (Vibramycine
per os, 200 mg/j) ou macrolides (E ´ rythromicine
per os, 2 g/j) pendant 15 jours est recommande ´ . La re ´ action de Jarish-Herxheimer associant fie ` vre, frissons, malaise ge ´ ne ´ ral et e ´ ruption cutane ´ e dans les six heures suivant l’injection de pe ´ nicilline est traite ´ e par corticothe ´ rapie. Par ailleurs, une enque ˆ te e ´ pide ´ miologique est ne ´ cessaire a ` la recherche et au traitement des partenaires sexuels potentiellement contamine ´ s. C’est la diminution significative du VDRL (baisse du titre du VDRL de quatre fois en six mois) qui permet de suivre l’efficacite ´ du traitement. Cependant, les se ´ rologies de syphilis peuvent rester positives si le traitement est instaure ´ tardivement [5].
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Conflits d’inte ´ re ˆ ts
Il n’y a aucun conflit d’inte ´ re ˆ t.
Re ´ fe ´ rences
Des ulce ´ rations « douteuses » de la cavite ´ buccale
1. Baughn RE, Musher DM. Secondary syphilitic lesions. Clin Microbiol Rev 2005;18:205–16.
2. Scott CM, Flint SR. Oral syphilis—re-emergence of an old disease with oral manifestations. Int J Oral Maxillofac Surg 2005;34:58– 63.
3. Leao JC, Gueiros LA, Porter SR. Oral manifestations of syphilis. Clinics 2006;61:161–6.
4. Fleury JE, Agbo-Godeau S. Syphilis buccale. Encycl Med Chir, Stomatologie, 22-046-A-10,2003:7.
5. Basse-Gue ´ rineau AL. Diagnostic se ´ rologique de la syphilis. Institut de Veille Sanitaire.
6. Carlesimo M, Palese E, Mari E, Feliziani G, La Pietra M, De Marco G, et al. Isolated oral erosions: an unusual manifestation of secondary syphilis. Dermatol Online J 2008;14:23.
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À propos d’une ulcération palatine


Rev Stomatol Chir Maxillofac 2006;107:179-180  Masson, Paris, 2006
Correspondance : E. Boutremans,
Service de Stomatologie et Chirurgie Maxillo-faciale (Dr I. Loeb),
CHU Saint-Pierre,129,boulevard de Waterloo,1000 Bruxelles, Belgique.
U
À propos d’une ulcération palatine
E. Boutremans
1
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, M. Shahla
1
, L. Tant
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, R. Javadian
1
, N. de Saint Aubain
2
Service de Stomatologie et Chirurgie Maxillo-faciale (Dr I. Loeb), CHU Saint-Pierre, Bruxelles, Belgique.
2
Service d’Anatomie Pathologique (Pr. A. Verest), Institut J. Bordet, Bruxelles, Belgique.
n patient de 38 ans d’origine polonaise est admis pour une ulcération palatine peu douloureuse évoluant depuis environ 3 jours. Elle se situe de part et d’autre de la
ligne médiane et elle expose en profondeur l’os maxillaire (fig. 1). Ce patient tabagique ne présente par ailleurs aucun autre antécédent particulier. L’interrogatoire systématique ne met en évidence ni prise de cocaïne, ni injection locale de vasoconstricteur ou d’autre produit caustique pouvant expliquer la présence de cette ulcération. Le reste de la cavité buccale est exempt de toute autre lésion. Une biologie courante révèle l’existence d’un syndrome inflammatoire (CRP à 14,2 mg/L). Un scanner du massif facial ne révèle ni atteinte osseuse ni communication naso-buccale. Il nous oriente vers un diagnostic de lésion granulomateuse inflammatoire ou infectieuse. Un frottis de la lésion et un prélèvement biopsique sont réalisés. Dans l’attente des résultats, le patient est placé sous antibiothérapie préventive (Augmentin

 4x1gr I.V.) et soins locaux à base d’éosine

 acqueuse 2 %. Face à ce type de lésion les diagnostics différentiels suivants doivent être évoqués : 1. Ulcération traumatique, iatrogène (automutilation, blessure par objet, injection de vasoconstricteur, médicaments…).
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Quel est votre diagnostic ?
, I. Loeb
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2. Néoplasies : a. adénocarcinomes salivaires : carcinome adénoïde kystique, carcinome muco-épidermoïde, adénocarcinome à cellules acineuses, adénocarcinome polymorphe bien différencié, tumeur mixte maligne ; b. Lymphomes ; c. Sarcomes ; d. Lésion métastatique. 3. Troubles inflammatoires chroniques : a. Périadénite de Sutton ; b. Sialométaplasie nécrosante ; c. Lichen plan érosif ; d. Lupus érythémateux discoïde ; e. Réaction lichénoïde ou lupique. 4. Infections chroniques : a. Tuberculose ; b. Syphilis primaire ou tertiaire ; c. Mycose profonde. 5. Vasculite : granulomatose de Wegener. Les sérologies pratiquées à la recherche de syphilis et d’herpès se sont avérées négatives. Sous traitement, la lésion a involué, le fond de l’ulcération s’est comblé en 10 jours, aux deux tiers, par du tissu de granulation (fig. 2).


















Figure 1. Ulcération palatine lors de la première consultation. Figure 2. Ulcération palatine après 10 jours de traitement ; tissu de granulation recouvrant le fond de l’ulcération.
Images




Cancers des lèvres


                            
 
ANATOMIE  PATHOLOGIQUE

1) LES ETATS PRENEOPLASIQUES :

Les lésions  prénéoplasiques  sont fréquentes  caractérisés par des lésions blanches, « leucoplasies », localisées ou diffuses, uniques ou multiples, elles sont situées essentiellement au niveau du vermillon ou sur le versant muqueux de la lèvre. Cet épiderme peut être hyperplasique et les cellules, le siège d’une dysplasie légère, moyenne ou sévère réalisant alors  un carcinome in situ. Les facteurs de risque des leucoplasies sont l’exposition prolongée aux rayons ultraviolets, le tabac, la chique de bétel, les traumatismes locaux et les irritations chroniques, la mauvaise hygiène buccale et l’alcoolisme chronique.On regroupe le nom de ces leucoplasies sous le nom de chéléites.
vermillon et la muqueuse labiale qui fait partie de la cavité buccale. On distingue aux lèvres deux parties : la lèvre blanche  cutanée et  la lèvre rouge formée par le


2) LES TUMEURS MALIGNES
 Les tumeurs épithéliales malignes :
- Le carcinome épidermoïde + ou – différencié : La lésion siège le plus souvent à la lèvre inférieure, sur le vermillon mais également sur la partie supérieure du versant muqueux de la lèvre inférieure beaucoup plus rarement sur le versant cutané.
 - L’épithélioma basocellulaire :
  I l se développe électivement sur le versant cutané de la lèvre supérieure   - Les autres tumeurs :  

Plus rares, on retrouve  au niveau des lèvres toutes les tumeurs développées au dépens des annexes de la peau : adénocarcinomes annexiels, tumeurs de Merckel . Sur le versant muqueux on retrouve des tumeurs des glandes salivaires accessoires  (carcinome adénoïde kystique, adénocarcinomes des glandes salivaires).
        

vendredi 3 juin 2011

Carcinomes des lèvres

Carcinomes des lèvres




1490 Mise au point
Cancers cutane ´ s
Lotfi Ben Slama
Disponible sur internet le : 6 septembre 2008
en ligne sur / on line on www.em-consulte.com/revue/lpm www.sciencedirect.com
Dossier thématique
Key points
Carcinoma of the lips
Carcinomes des lèvres
Services de stomatologie et chirurgie maxillo-faciale de l’hôpital de la Salpêtrière et de l’hôpital américain de Paris, F-75116 Paris, France
Correspondance :
Lotfi Ben Slama, 69 rue de la Tour, F-75116 Paris, France. lbenslama@noos.fr
Epidermoid carcinoma, that is, squamous cell carcinoma of the skin, is the most common malignant tumor of the lips. It occurs especially in men. Its primary causes are sun exposure, smoking, and chronic irritation. Leukoplakia is the most frequent precancerous lesion. Epidermoid carcinoma may appear clinically as a scaly erosion or an ulceration. Standard treatment is surgical excision with reconstruction.
Les lèvres sont constituées de toutes les parties molles qui forment la paroi antérieure de la cavité buccale. De nombreuses tumeurs malignes peuvent occasionnellement les affecter. La plus fréquente (plus de 90 % des cas), est le carcinome épidermoïde, ou épithélioma spinocellulaire, dont la localisation est typiquement labiale inférieure (plus de 95 % des cas), rarement labiale supérieure. La précession d’une lésion épithéliale précancéreuse est très fréquente. D’autres carcinomes sont rencontrés, en particulier salivaires naissant des glandes salivaires accessoires sous-muqueuses et basocellulaires, plutôt rares dans cette localisation.
Points essentiels
Rappels anatomiques
Presse Med. 2008; 37: 1490–1496  2008 Elsevier Masson SAS.
Tous droits réservés.
Le carcinome épidermoïde est la tumeur maligne la plus fréquente des lèvres. Il survient surtout chez les hommes. Les causes essentielles sont l’exposition solaire, l’usage du tabac, des irritations chroniques. La leucoplasie est la plus fréquente des lésions précancéreuses. L’aspect clinique du carcinome épidermoïde peut être une érosion croûteuse ou une ulcération. Le traitement habituel est la chirurgie d’exérèse avec plastie de reconstruction.
Les lèvres présentent 3 zones : un versant cutané pur, le vermillon ou lèvre rouge (zone de Klein) entre la zone de contact des 2 lèvres et la peau, un versant muqueux pur qui se réfléchit sur la gencive en formant le vestibule buccal (figure 1). La structure des lèvres comporte de dehors en dedans : la peau, épaisse et riche en follicules pileux et glandes sébacées, le tissu cellulaire sous-cutané, absent dans la région médiane et commissurale, le squelette musculaire ; une couche de glandes muqueuses salivaires labiales, et la muqueuse, très adhérente à la couche glandulaire (figure 2).
tome 37 > n810 > octobre 2008 doi: 10.1016/j.lpm.2008.06.008


Carcinomes des lèvres
La vascularisation et le réseau lymphatique sont très importants. La sensibilité est assurée par des branches du trijumeau (V), nerf sous-orbitaire pour la lèvre supérieure, nerf mentonnier pour la lèvre inférieure, et la motricité est assurée par des branches du facial (VII).
Carcinomes épidermoïdes
Aspects épidémiologiques
L’incidence exacte des carcinomes de la lèvre est difficile à évaluer car ils font l’objet d’une approche épidémiologique globale avec les cancers de la cavité buccale, du pharynx et du larynx (voies aérodigestives supérieures [VADS]) et les cancers de l’oesophage. Certaines caractéristiques sont en effet communes, parmi lesquelles le fait qu’ils soient souvent liés au tabagisme et à la consommation excessive d’alcool. Les derniers indicateurs et données en France [1] figurent dans le tableau I. Les 24 500 nouveaux cas de cancers des VADS et de l’oesophage observés correspondent pour 63 %à la sphère « lèvres, cavité buccale, pharynx » (pour 17 % au larynx et pour 20 % à l’oesophage). Selon les enquêtes, la distribution précise par sous-localisation varie, elle n’est pas toujours disponible en France. En 1995, sur un total de 21 597 cancers des VADS (14 926 chez l’homme et 6 671 chez la femme), 410 localisations labiales (code 140 dans la classification ICD-9, et C00 dans l’ICD-10) ont été enregistrées (375 hommes et 35 femmes) ayant entraîné 104 décès (92 hommes et 12 femmes) [2]. Dans les localisations VADS, le cancer des lèvres est en 7

position chez l’homme et en 9

position chez la femme par ordre de fréquence. Il représente 6,6 % des cancers
buccaux en France (2 % seulement dans notre série à l’hôpital de la Salpêtrière) [3]. Ces chiffres sont nettement inférieurs à ceux rapportés de manière plus générale chez les caucasiens (race blanche), où le cancer labial représente 25 à 30 % de tous les cancers buccaux [4,5]. Cette variation est probablement due à une implication différente des principaux facteurs de risque : radiations ultraviolettes (UV) et tabac. Le carcinome épidermoïde labial est un cancer de l’homme d’âge mûr. Le sex-ratio est de 10 à 20 :1. La femme est affectée dans 2 % à 2,8 % des cas ; 90 % des patients ont plus de 45 ans et 50 % ont 65 ans et plus [4]. Le carcinome de la lèvre rouge est beaucoup plus rare chez les ethnies à peau foncée dont les individus à peau jaune.
Facteurs étiologiques
L’exposition chronique au soleil (UV) constitue un risque admis de carcinome labial prédominant chez les personnes à peau claire ayant vécu au grand air, exposées au soleil et aux intempéries (paysans, marins) ou vivant dans des latitudes très ensoleillées (Australie, Texas...). Le rôle carcinogène des UV B est démontré et apparaît prépondérant devant les UV A et C. Le risque augmente avec la durée de l’exposition et l’âge, avec un effet seuil. C’est souvent sur des lésions de chéilite actinique que le carcinome épidermoïde peut se développer. Son incidence n’est toutefois pas toujours corrélée à l’exposition au soleil. Comme on l’a vu, d’autres facteurs exogènes interviennent et ont une action synergique, en particulier le tabagisme. Le tabac qui peut être consommé de diverses manières (cigarette, pipe, chique etc...) peut être responsable de kératoses ou leucoplasies
1491 Mise au point
Figure 1
Anatomie des lèvres
tome 37 > n810 > octobre 2008
Figure 2
Coupe sagittale de la lèvre inférieure
Cancers cutane ´ s